L'IA a bien fait son travail. C'est le problème.
Un confrère nous racontait récemment l'histoire d'un de ses clients.
Rien d'extraordinaire en apparence : une PME qui voulait avancer plus vite sur son marketing, une alternante motivée, et une IA conversationnelle pour l'aider à coder quelques automatisations pour leur CRM. Sur le papier, tout le monde y gagne : l'entreprise économise un budget de prestataire, la jeune femme apprend en faisant, l'IA fait ce qu'on lui demande.
Sauf que personne n'avait pris le temps de lui expliquer le contexte : comment le CRM était structuré, quelles données ne devaient jamais être touchées, quels scripts tournaient déjà en arrière-plan, ce qui dépendait de quoi.
L'IA a fait exactement ce qu'on lui a demandé, avec la rapidité et la confiance qui la caractérisent.
Résultat : le CRM est tombé. Pas une page un peu moche, pas un bug d'affichage. Un outil de travail entier, hors service, au pire moment.
Ce n'est ni une histoire d'IA défaillante ni une histoire de stagiaire incompétente. C'est une histoire de cadre manquant. Et c'est très exactement là que se joue, aujourd'hui, la différence entre "faire du code" et "faire tenir un système".
L'IA est devenue très bonne. Sur ce qu'on lui montre.
Soyons honnêtes : un outil d'IA bien utilisé produit aujourd'hui une fonctionnalité, un script, une page, souvent vite et souvent bien. Nous l'utilisons nous-mêmes, et nous ne sommes pas du genre à cracher dans la soupe technologique. Ce serait absurde de prétendre le contraire, et un peu malhonnête de vous vendre l'idée que "seul l'humain sait coder correctement".
L'IA peut vous bluffer en vous trouvant des infos dont vous ignoriez même l'existence ou en vous renvoyant une réponse bien construite (avec un applomb incroyablement convaincant).
Ce que l'IA ne voit pas, en revanche, c'est tout ce qui ne tient pas dans l'écran qu'on lui montre. Elle ne connaît pas l'historique de votre site, les 3 bricolages successifs qui s'empilent depuis 2019, le module qu'il ne faut surtout pas toucher parce qu'il est relié à votre outil de facturation, ou la raison pour laquelle telle page a été codée "à l'envers" pour des questions d'accessibilité. Elle répond à la question qu'on lui pose, avec les informations qu'on lui donne. Si la question est mal posée ou incomplète, la réponse sera propre, fonctionnelle en apparence, et potentiellement dangereuse.
C'est exactement ce qui s'est passé avec ce CRM : une action ponctuelle, bien exécutée, sur un système qu'on n'avait pas pris le temps de comprendre dans son ensemble.
La démo fonctionne. La production, c'est une autre histoire.
Il y a une différence entre faire une démonstration et faire tenir un système dans la durée. Une démo, c'est un instant : on clique, ça marche, on est content. La production, c'est tous les jours suivants : les mises à jour de sécurité, les pics de trafic, les utilisateurs qui ne font pas ce qu'on avait prévu, les données réelles qui ne ressemblent jamais aux données de test.
20 ans à développer des sites pour des structures aussi variées que des fédérations professionnelles, des laboratoires de recherche ou des fonderies centenaires nous ont appris une chose : ce qui coûte cher, ce n'est presque jamais la fonctionnalité qu'on construit. C'est celle qu'on a construite trop vite, sans se poser la question de ce qui se passerait six mois plus tard, avec de vraies données, de vrais visiteurs, et un collaborateur en moins pour s'en occuper.
Une IA bien guidée ne contracte pas plus de dette technique qu'un développeur pressé. Mais une IA mal guidée, elle, ne sent rien venir : pas d'inconfort, pas de petite voix qui dit "attends, ce raccourci va nous coûter cher plus tard". Ce signal-là, c'est l'expérience qui le donne. Pas l'outil.
Ce que nous faisons, concrètement, que l'IA ne fait pas seule
Quand nous développons un site ou une application pour vous, sur WordPress, Joomla ou autre, nous ne nous contentons pas de produire des pages qui s'affichent correctement. Nous tenons compte de l'historique de votre structure, de votre niveau d'autonomie réel, de ce qui devra être maintenu par vos équipes dans deux ans, de l'accessibilité pour vos visiteurs les plus éloignés du numérique, et de la sobriété de l'ensemble pour que votre site ne pèse pas plus lourd qu'il n'en a besoin. Tout cela ne se voit pas sur une capture d'écran. Cela se voit le jour où votre site doit évoluer sans tout casser, ou le jour où une stagiaire bien intentionnée a besoin d'ajouter une fonctionnalité sans faire tomber le reste.
Nous ne sommes pas là pour vous vendre l'idée que l'IA est dangereuse et qu'il faut s'en méfier. Nous l'utilisons aussi, pour aller plus vite sur les tâches qui le permettent. Mais nous restons les garants du cadre : celui qui sait ce qu'on peut déléguer, à qui, avec quelles informations, et celui qui repère le risque avant qu'il ne se transforme en CRM hors service un lundi matin.
C'est tout l'enjeu de cet article, et des deux suivants : vous montrer que nos vingt années d'expérience à Toulouse ne sont pas un argument nostalgique face au progrès technique. C'est, très concrètement, ce qui évite que votre progrès technique ne se transforme en mauvaise surprise.



